Qu’on le veuille ou non, George “Gigi” Becali a changé la face du football roumain à coups de billets, de polémiques et de décisions impulsives. Fils d’éleveur devenu magnat de l’immobilier, il règne sur le FCSB (ex-Steaua Bucarest), club phare de Roumanie, avec une autorité qui divise autant qu’elle fascine. On le voit en costume noir, croix bien visible, regard dur et discours qui fait trembler les micros. Mais si ses escarmouches verbales et ses provocations peu glorieuses font vibrer la presse, sur le terrain, les joueurs marchent souvent à sa baguette. Son histoire illustre l’incroyable mélange de fortune, foi et pouvoir qui continue de secouer les vestiaires roumains et façonne l’identité d’un club mythique, hier champion d’Europe, aujourd’hui balotté entre gloire passée et querelles de tribunal. Ce qui se trame derrière les murs du FCSB, c’est plus qu’un feuilleton : c’est une leçon grandeur nature sur l’influence d’un seul homme dans tout un football.
En bref :
- George Becali, propriétaire du FCSB, est une figure incontournable du football roumain, aussi célèbre pour sa fortune que pour ses dérapages publics.
- Il a participé à la privatisation du mythique Steaua Bucarest, avant de perdre le nom et le palmarès historique du club dans une guerre judiciaire avec l’armée roumaine.
- Son style de gestion autocratique a souvent irrité les supporters et les entraîneurs, mais sa présence a maintenu le FCSB au sommet du foot roumain pendant plus de quinze ans.
- Becali divise par ses convictions religieuses radicales et ses propos conservateurs, tout en finançant églises et projets caritatifs, cherchant à marquer son époque bien au-delà des terrains.
- Condamné pour corruption et violence, il a fait de la prison, mais continue de façonner le présent et le futur du football roumain, oscillant entre ambition et controverse.
George Becali, du terrain familial à la tête du FCSB : fortune, stratégie et pouvoir
Dans les années 1990, le football roumain sort à peine du joug communiste et cherche de nouveaux repères. Les stars filent à l’étranger, les clubs survivent tant bien que mal. Là, un homme bondit dans la lumière : George Becali. Fils d’éleveur et héritier d’une famille modeste du village de Zagna, il va faire fortune en profitant de l’effondrement des structures étatiques. Sa recette ? Flairer les bonnes affaires et avancer vite pendant que d’autres hésitent.
Becali ne joue pas avec les pieds, mais avec les terrains. Au cœur du chaos post-Ceaucescu, il rachète des hectares en périphérie de Bucarest pour une bouchée de pain. L’immobilier explose en Roumanie, et Becali revend avec des marges à faire pâlir n’importe quel agent. C’est là que démarre sa légende. Il recycle les recettes du foot : anticipation, rapidité, frappe chirurgicale.
Mais s’enrichir ne suffit pas pour s’imposer dans un vestiaire ou dans un championnat qui rêve encore aux duels historiques contre le grand Barça ou le Milan AC. La vraie percée de Becali, c’est l’entrée au capital du Steaua Bucarest, en 1998. Quatre ans plus tard, il devient actionnaire majoritaire. La Steaua se transforme en société anonyme et la “Becali attitude” envahit les vestiaires. Il ne se contente pas de financer, il décide, orchestre, impose ses choix – du recrutement du coach jusqu’à la couleur des maillots.
Évidemment, la rupture n’est pas indolore. L’armée, propriétaire historique du club, tente de garder le contrôle à distance. Mais trop tard : Becali a déjà placé ses pions. Il gagne une première manche. Pendant près de dix ans, il façonne volontairement l’image du plus grand club roumain. Il se veut sauveur, chef d’orchestre, parfois provocateur.
L’immobilier reste le cœur de son pouvoir. Sa fortune, à la hauteur de sa notoriété, le place parmi les hommes les plus riches de Roumanie. En 2026, même si l’apogée est loin, il incarne toujours ce lien entre réussite financière et contrôle du foot local. Autour de lui gravite un cercle de proches, de dirigeants, parfois d’anciens joueurs qui cherchent à capter un peu de son aura ou à éviter ses colères.
Au final, l’histoire de Becali, c’est celle d’un gars qui a compris très tôt qu’au foot, comme dans les affaires, la prise de risques paye. Cette posture de “boss de vestiaire”, il la cultive sans fausse modestie. Dès qu’il entre sur la pelouse du FCSB, tout le monde sait qui commande, qu’on aime ou pas. Le message est clair : dans ce club, le mental, c’est lui qui le donne.

Du Steaua Bucarest au FCSB : bataille juridique et crise identitaire du football roumain
On ne parle plus de Steaua, mais de FCSB. Si tu causes foot à Bucarest, ce n’est pas qu’un détail. C’est une vraie fracture. Tout commence avec la privatisation du club, orchestrée par Becali à l’aube des années 2000, au nez et à la barbe de l’armée, propriétaire historique et gardienne du palmarès. Pour comprendre, pose-toi deux minutes et imagine : t’es supporter du Steaua, fier d’un palmarès unique en Europe de l’Est, et en un coup de tribunal, on te “vole” l’histoire.
Le clash, lui, ne vient pas du terrain mais des bureaux de juges. L’armée attaque en 2011 : acquisition illégale, pièces manquantes, accointances douteuses. La justice tranche : Becali garde l’équipe mais perd la marque, le nom, le logo, le palmarès entre 1947 et 2003. C’est la naissance du FCSB. Le Steaua d’origine, relancé en quatrième division sous contrôle militaire, récupère la prestigieuse Ligue des champions 1986, les titres, les couleurs… mais pas la place en D1.
Ce feuilleton laisse des milliers de fans sur le carreau. Certains restent fidèles à Becali et au FCSB (“parce que c’est là que ça joue”), d’autres préfèrent vibrer en division inférieure avec le C.S.A. Steaua, histoire d’être raccord avec la grande époque. Impossible de contenter tout le monde. Dans les tribunes, on ne sait plus trop qui applaudir, ni quel maillot porter. L’identité du club est pulvérisée.
Le résultat, c’est le syndrome du stade vide. Arena Nationala, stade de 55 000 places, sonnait creux lors des matchs du FCSB. Beaucoup de fans désertent, blasés par les guerres d’ego et les affaires judiciaires. Ceux qui restent oscillent entre nostalgie et frustration, coincés entre deux entités qui se disputent le même héritage. Chaque victoire du FCSB sous l’ère Becali a un goût de stroke, jamais comparable à celle du grand Steaua de l’ère soviétique.
Ce chaos tabasse le moral des joueurs et du staff. Imagine jouer tous les week-ends avec l’épée de Damoclès juridique qui plane sur ton club. Pas simple de s’y mettre à fond, de créer une vraie cohésion, quand tu sais que le vestiaire peut basculer d’un jour à l’autre. À chaque litige, les médias relancent le débat sur la légitimité du club. Difficile d’éviter les remous quand tes couleurs, ton logo, jusqu’à ton palmarès, changent au fil des audiences.
Aujourd’hui encore, les deux clubs continuent d’avancer, chacun de leur côté, sans qu’aucun compromis ne vienne apaiser l’histoire. L’armée réclame 37 millions d’euros à Becali pour l’utilisation de la marque Steaua ; le FCSB aligne les résultats mais bataille pour le public ; et la Roumanie du foot regarde ailleurs, en espérant une accalmie. Voilà comment une crise identitaire bouleverse plus qu’un palmarès : elle hante tout un football – joueurs, coaches, supporters et même adversaires.
Méthodes de gestion au FCSB : autoritarisme, vestiaire sous pression, et impact sur la performance
Si tu veux comprendre la patte Becali sur le foot roumain, regarde d’abord comment il gère le FCSB. On n’est pas sur du management version PowerPoint. Ici, le boss est partout : sur les bancs de touche, au téléphone à la pause, dans le vestiaire après le match. Sa vision du leadership tient en trois mots : contrôle, pression, immédiateté.
Ça commence par la sélection du staff. Peu de coachs tiennent plus d’une saison sous sa direction. Pourquoi ? Parce qu’ils doivent plier dès la moindre contrariété. Il choisit souvent des entraîneurs à sa main, dociles, capables de passer les consignes en temps réel. Les joueurs ? Ils connaissent la chanson : pas question de street foot ou d’initiatives tactiques surprises, chaque décision passe par le patron. D’ailleurs, certains anciens, comme Gheorghe Hagi, ont témoigné de l’omniprésence du “boss”, jusqu’à l’ingérence dans la composition d’équipe.
Cette gestion autocratique a deux gros effets. D’un côté, elle peut briser la confiance ou geler le vestiaire. Des joueurs hésitent à prendre leur envol, craignant le coup de téléphone qui tombe après le match pour recadrer, sanctionner, virer même. De l’autre, ça crée une culture du résultat immédiat : tout le monde doit performer “maintenant”, la pression monte, et certains joueurs se révèlent dans l’urgence.
Mais à long terme, la méthode Becali fatigue le collectif. Les résultats restent corrects en championnat, le FCSB a même entretenu l’espoir sur la scène européenne, mais toujours sans retrouver le niveau de l’époque glorieuse. Un club sous tension, un vestiaire tendu, des supporters qui demandent du sang neuf : voilà le cocktail explosif du FCSB version 2026.
| Période | Coach principal FCSB | Nombre de titres | Durée du mandat |
|---|---|---|---|
| 2003-2005 | Cosmin Olăroiu | 2 | 2 ans |
| 2007 | Gheorghe Hagi | 0 | 8 mois |
| 2008-2012 | Mihai Stoichiță | 1 | 4 ans |
| 2014-2017 | Laurențiu Reghecampf | 3 | 3 ans |
Autre point crucial : la relation avec les supporters. Les plus hardcore dénoncent un club prisonnier d’une seule voix, empêché d’évoluer malgré son potentiel. Les faux billets à l’effigie de Becali, les banderoles accrochées par la tribune, témoignent d’une vraie défiance. Mais dans chaque crise, Becali réussit à injecter son envie, son caractère, et à maintenir tout le monde sous tension, pour le meilleur ou pour le pire.
Becali, provocateur public : entre polémiques, condamnations et transformation religieuse
Parler de l’impact de Becali sur le foot roumain sans aborder la polémique, c’est rater la moitié du film. Il faut le dire sans détour : ce président aime la lumière, quitte à provoquer l’incendie médiatique. Pendant deux décennies, on l’a vu empiler les sorties racistes, misogynes et homophobes, du simple micro jusqu’à la télé nationale. Que ce soit pour protester contre une arbitre femme en D1, dénigrer le foot féminin, ou refuser l’entrée dans son club de joueurs suspectés d’être homosexuels, il a alimenté la chronique bien au-delà du rectangle vert.
Mais ce n’est pas tout. Son rapport à la foi orthodoxe, envahissant dans son quotidien, façonne son image. Becali multiplie les donations aux églises, installe des symboles religieux partout – jusque dans son jardin où trône une croix de quatre mètres. Dernièrement, il ne cache plus ses envies de retraite monacale, bien décidé à “plaquer le monde” pour un monastère dans une, deux décennies. Difficile de jongler entre ces deux images : provocateur tonitruant et croyant extrême.
La face sombre, c’est aussi les passages par la case prison. En 2013, il prend trois ans ferme pour corruption après des échanges foireux de terrains avec l’État : plus de 900 000 euros de manque à gagner pour l’administration. Son séjour derrière les barreaux, même écourté pour bonne conduite, ne calme pas vraiment le costaud. Il sort, recommence à faire le show, continue sa croisade contre tout ce qu’il trouve contraire à “l’ordre divin”.
Ce mélange de provoc’ et de piété façonne un personnage rare, sans filtre. Becali a dit vouloir finir sa vie au monastère, tout en projetant de construire une ville “monacale” où les femmes seraient interdites. Il ponctue toutes ses phrases par “Dieu vous aide”, impose le respect dans un vestiaire déjà sous tension, et ne recule devant aucune interview-choc. Le mélange est unique au monde : un boss de club qui se rêve aussi leader spirituel, jonglant entre fureur et silence religieux.
Il y a un paradoxe évident : plus Becali choque, plus il attire l’attention sur la Roumanie et sur son club. Mais cette lumière, elle brûle autant qu’elle éclaire. Beaucoup de fans, de joueurs et même de coaches étrangers hésitent à s’engager dans un projet miné par la polémique et la peur du prochain dérapage. Pourtant, même ses détracteurs reconnaissent qu’il force tout le monde à se positionner, à défendre ce qu’est le football, ce qu’on veut en faire. C’est une claque qui laisse des traces.
Liste des polémiques majeures de Gigi Becali
- Propos misogynes contre les femmes arbitres et le foot féminin
- Déclarations racistes sur certains joueurs ou journalistes
- Exclusion de la chanson « We Are the Champions » à cause de l’homosexualité de Freddie Mercury
- Violence physique et verbale contre des journalistes en conférence de presse
- Condamnation pour corruption, séquestration et violences
En fin de compte, pas moyen de briller juste sur le terrain. Avec Becali, supporter le FCSB ou côtoyer la Ligue 1 roumaine, c’est aussi accepter de voir son foot trimballé dans l’arène politique et morale du pays – parfois au détriment du jeu pur.
Un héritage contesté : influence sur le football roumain, palmarès et avenir incertain
L’héritage de George Becali, c’est d’abord l’ambiguïté. Demande à n’importe quel coach local ou ancien joueur de la D1 roumaine, tu entendras la même histoire : sans Becali, pas de stabilité financière pour le FCSB, pas d’ambition européenne après les années 2000, pas de recrutement de stars locales ou étrangères. Mais pose la question d’un second souffle, d’une identité stable, et là, le débat s’enflamme.
Sur le papier, impossible d’ignorer son bilan sportif. Il aligne plusieurs titres nationaux, relance le club dans les joutes européennes, assure des salaires impayables ailleurs. Mais la pression, les ingérences, l’instabilité chronique des coachs et l’opacité des transferts plombent le projet à moyen et long terme. Même parmi les passionnés du vestiaire, beaucoup regrettent la disparition d’une vraie institution pour le football roumain, au profit d’un “club jouet” qui répond plus à l’humeur du boss qu’à la passion collective.
Le plus frappant reste le fossé entre le passé glorieux du Steaua (victoire en C1 1986, Supercoupe d’Europe, 21 titres domestiques) et la réalité 2026 du FCSB : deuxième place régulière, stades à moitié vides, identité trouble. Le foot roumain dans son ensemble en sort fragilisé, car aucun autre club ne porte autant l’histoire et la vision collective du pays sur la scène européenne.
En parallèle, Becali continue d’investir dans des projets caritatifs et ecclésiastiques, bâtit des monastères, distribue des aides publiques. Son ambition va bien au-delà du foot. Mais cela ne suffit pas à refermer les plaies ouvertes dans le cœur des supporters, ni à rassurer la nouvelle génération sur la direction que prend le jeu collectif en Roumanie. Le foot reste un sport d’équipe, d’appartenance, et ça, même le plus riche des présidents ne peut pas se l’acheter.
Aujourd’hui, alors que les fans attendent toujours un retour du “vrai” Steaua au sommet, le FCSB se bat pour rester compétitif. L’ombre de Becali plane sur tout le championnat. Est-ce une malédiction ou la seule façon de survivre à haut niveau ? Seul le terrain donnera la réponse, à condition de retrouver un peu d’esprit collectif et d’équilibre.
Qui possède actuellement le vrai palmarès du Steaua Bucarest ?
Depuis 2018, le palmarès historique (C1 1986, Supercoupe d’Europe, titres et coupes d’avant 2003) appartient au CSA Steaua Bucarest, le club relancé par l’armée roumaine. Le FCSB de Becali conserve les titres remportés après 2003.
Pourquoi Gigi Becali est-il si controversé dans le football roumain ?
Ses propos misogynes, racistes ou homophobes, son ingérence systématique dans la gestion sportive, et ses démêlés judiciaires pour corruption ou violence créent régulièrement scandale et polarisent la société.
Quel a été l’impact sportif de Becali sur le FCSB depuis sa prise de pouvoir ?
Sous Becali, le FCSB a remporté plusieurs championnats nationaux et coupes de Roumanie, mais n’a jamais retrouvé les sommets européens du Steaua des années 1980. La stabilité de la performance est perturbée par sa gestion autoritaire.
Le football roumain peut-il se redresser sans un dirigeant comme Becali ?
Pour beaucoup, l’argent injecté par Becali a sauvé le club à plusieurs reprises. Mais nombre de supporters et d’observateurs espèrent une nouvelle génération de dirigeants plus collectifs, moins polarisants, plus stables.
Gigi Becali a-t-il réellement pris du recul ces dernières années ?
Certains témoignages affirment qu’il s’est assagi, préférant la discrétion et la spiritualité, mais des dérapages récents prouvent que l’ancien homme fort ne change jamais fondamentalement.


